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Drapeau du 329e à Verdun (Cliquer sur la photo) Extrait de « Verdun vu par le cinéma des
armées » Un grand merci à O. Gaget |
LE 329e DANS LA GRANDE
GUERRE |
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Monument en L’honneur des morts du 329e à Tahure
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53e division
d'infanterie; 3e région; 4e groupe de réserve constitution
en 1914: 2 bataillons a la 53e di d’août 1914 a août 1916, puis a la 158e di
jusqu’en nov. 1917,puisa la 9e di jusqu’en nov. 1918 |
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1914 |
La retraite - les opérations de l'aile gauche: guise (29
août) secteur de
Reims: Berry-au-Bac, le choléra |
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1915 |
offensive
d'Artois (mai - juin) : neuville-saint-wast, le labyrinthe bataille de
champagne (26 septembre): tahure |
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1916 |
bataille de la
somme: harbonnieres, soyecourt, guillaucourt, estrees |
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1917 |
l'ange
gardien, chemin des
dames (vaudesson, pargnan (15-29 juillet)) |
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1918 |
Oise: Noyon
(22-30 mars) somme:
tincourt, le paradis (18-26 juillet) montigny,
berry-au-bac recouvrance (3
novembre) |
Historique complet numérisé (Merci à Thomas
Pieplu)
Les vivants, les morts, les gradés, les non-gradés, les cités, les prisonniers….
Quelques photos
pour mettre un visage sur un nom….
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Un officier
venu du 28e et mort au 329e à 37 ans. Merci à
Vincent Le Calvez et à Christian Mulot pour la biographie. |
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UN CONSCRIT DE SAINT ADRESSE : RODOLPHE
VAUDOUR |
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Coll. F.Vaudour |
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Le soldat Rodolphe rejoint le 329e
le 3 octobre 1914 pour partir avec le régiment dans la région de Compiègne Extrait de l’historique : « Un renfort de 300 hommes provenant
des dépôts du Havre et de Lisieux vient remonter l’effectif affaibli du 329. » |
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Blessé à la tête (Fracture du crâne),
Rodolphe Vaudour quitte le front et le 329e pour un mois et demi
de convalescence. |
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Grièvement blessé, la croix de guerre
avec étoile de bronze lui est attribuée. |
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Revenu au
front dans la région de Soisson en février 1917, il s’illustre brillamment
lors des combats de mars sur la ligne Hindenburg. Sa conduite courageuse
lui vaut d’être cité à l’ordre du régiment le 3 avril 1917 et de monter en
grade assez rapidement : passant de caporal à sergent (le grade de
caporal-chef n’existant pas à cette époque) |
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Texte original de la citation |
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Coll. F.Vaudour |
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Rodolphe
Vaudour terminera la guerre au 329e et passera au 122e
RI le 20 novembre 1918 avant d’être démobilisé le 29 janvier 1919. |
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Jacques
Meyer écrivain, Lieutenant d'Infanterie au 329 RI.
Ses livres de mémoires de guerre, "La Biffe"
(1928) et "La Guerre, Mon Vieux..." (1932), relatent
avec beaucoup d'humanité la misère de la vie de soldat qu'il partagea avec
ses hommes, et les actions militaires auxquelles il prit part. Dans une étude
plus moderne intitulée "La Vie Quotidienne des Soldats de
la Grande Guerre" (1966), il s'intéresse plus généralement
aux heurs et malheurs du poilu français |
Les boyaux
devant Perthes-les-Hurlus.
Ils sont de
moins en moins hauts, de moins en moins larges, de moins en moins propres, de
moins en moins secs.
Des détours et
des coudes brusques. Des routes franchissent le boyau par des ponts en planches
renforcées de terre, des pistes le rejoignent en pente douce. Quelques
éclatements, çà et là, ont éboulé les parapets taillés à arêtes vives dans la
marne. Un cheval crevé est tombé en travers du boyau, et l'obstrue. Plus loin,
il se fait souterrain pour quelques mètres, et les flaques qui n'ont pu sécher
le transforment en véritable lac.
De vieux
équipements, des armes hors d'usage parsèment le sol; des ordures aussi, sans nombre.
Un isolé entre deux gendarmes. Le premier mort, à peine entrevu, pâle figure de
cire, allonge sur le parapet des membres raidis. Une ouverture béante et noire,
avec des marches qui conduisent on ne sait où, et tout près, un tas de
pansements, jaunes et rouges de sang et de pus, exhale une odeur infecte : un
poste de secours. En se haussant par-dessus le parapet, on a des échappées sur
un paysage désolé, des lignes blanches sur fond grisâtre qui sont d'autres
boyaux, des arbres édentés avec des branchages sans feuilles.
Soudain, le
boyau se termine, c'est la sortie au grand jour, c'est Perthes-les-Hurlus une
grande route blanche et boueuse, comme elles sont toutes par ici; ses talus, où
se dressent encore quelques rares pans de mur, sont des tranchées abandonnées ;
d'immenses cratères, à intervalles irréguliers, la bordent, la rongent et la
coupent en tronçons inégaux : les entonnoirs.
Et tout cela
c'est l'ancienne première ligne boche conquise le 25 septembre, il y a deux
jours de cela, il y a un siècle plutôt, car déjà se dessèchent les morts épars
et abandonnés, et la vie a repris en dehors et au-dessus d'eux: des corvées de
ravitaillement, en file indienne, s'affairent sur la route dangereuse, ou se
groupent près d'immenses tonneaux d'eau potable en vrac sur le talus, et les
éclatements des fusants boches ponctuent le tout, indistinctement, de leurs
panaches clairs ou bruns.
Les réserves
dans les carrières de la route de Souain à Tahure.
Des bouquets
d'arbres, en bordure de ce qui fut une route départementale, les tronçons d'une
voie de Decauville, et, dans deux cirques naturels au pied d'une pente
blanchâtre et continue, une agitation insolite. Ce sont les fameuses carrières
où les postes de commandement des brigades et les postes de secours de nos
régiments voisinent avec des éléments du Corps d'Armée de gauche, des Bretons
des 19e et 116e régiments d'infanterie.
La pente
elle-même est creusée sur toute son étendue, ruche aux alvéoles insolites,
d'une infinité de niches occupées par les hommes des compagnies de réserve. Des
groupes de cavaliers, avec leurs chevaux, de ceux-là qu'on amassés par
divisions entières pour le cas d'une percée, jettent la note étincelante et
imprévue des aciers et des cuivres dans ce paysage tout de grisaille. Et sans
arrêt, au poste de secours, tapi comme dans le bas d'une falaise, continuent à
affluer un à un, particules douloureuses et meurtries se détachant du champ de
bataille, invisible là-haut sur la butte, les blessés pitoyables et sanglants :
un, entr'autres, que je ne puis chasser de mon souvenir, pâle à défaillir, et
soutenant de son bras intact une main mutilée, qui n'est plus qu'une masse
horrible et méconnaissable de chair et de sang...
Sur la butte de
Tahure (28 septembre).
D'abord, un
passage facile, tant que nous gravissons la pente, et que se rapprochent fumée
et tonnerre.
Et puis la pente
s'adoucit, un dernier talus, celui de la route de Somme-Py, où, hier, un obus a
éclaté qui a tué cinq officiers de l'état-major du régiment : le colonel, son
capitaine-adjoint, un commandant, le porte-drapeau, le capitaine mitrailleur,
et mis le drapeau en miettes.
Comme le nageur,
avant de plonger, il faut, au moment d'aborder le redoutable inconnu, faire une
longue aspiration d'énergie. A quinze cents ou deux mille mètres, une ligne
sombre de bois ferme l'horizon. Jusque là-bas, la plaine, barrée et comme
mouchetée, tachetée de panaches de toutes les couleurs, formant à la fois sur
le sol et dans le ciel des alignements presque impeccables, des quinconces
presque réguliers...
Quelque part est
la ligne - s'il est possible qu'il y ait là même une apparence de ligne, que
nous devons renforcer. Et déjà, courbant le dos, baissant la tête, nous filons
en une course éperdue, tombant dans un trou d'obus, trébuchant sur un cadavre
bleu, assourdis, secoués par le vacarme des explosions à droite, à gauche, en
avant, en arrière, couverts de terre et de suie, et gardant pourtant une
conscience anormalement grossie et distincte de détails infimes et presque
grotesques, le fil téléphonique traînant à terre, une courroie de mon sac qui
s'est rompue et que je dois retenir de la main, et arrivant finalement, intact
au sortir de cet enfer, « à la ligne », c'est à dire à quelques trous vaguement
alignés; par endroits, deux ou trois de ces trous réunis forment une sorte de
fosse avec, au fond, des formes bleues recroquevillées, immobiles, des sacs,
quelques boîtes de singe... Je voudrais me rendre compte de l'étendue de la
ligne, mais des jurons énergiques, jaillissant du fond des trous, m'obligent à
plonger dans l'un d'eux qu'occupent seulement deux poilus.
Ils m'expliquent
qu'il est absolument impossible de circuler ici en plein jour, même de trou à
trou, sans se faire saluer par les mitrailleuses du bois de droite, et même
sans faire arroser le secteur de quelques percutants. J'essaie donc, pour faire
ma liaison avec nos prédécesseurs, de faire passer un bout de papier jusqu'à
leur chef. Du trou voisin, un poilu, interpellé à mi-voix, sort un bras
prudent, et mon papier me revient au bout d'une demi-heure, avec un accusé de
réception du sergent-major qui commande la 22e, les quatre officiers et
l'adjudant ayant été tués ou blessés la veille au soir, avec deux bons tiers
des « bonhommes », à l'attaque de la tranchée de la Vistule.
Journée lente,
lourde, terrible de monotonie et d'appréhensions. Le soleil de midi tape ferme
et accentue encore la torpeur.
Des moments de
sommeil, j'ignore de quelle durée. Mes deux compagnons et moi nous mangeons, à
même la boîte, prise sur un mort, un peu de singe desséché. De temps en temps,
je glisse un coup d’œil au dessus du parapet, et ne vois toujours devant moi
que la masse vert sombre des bois que tiennent les Boches et les lignes
inclinées du terrain qui descendent vers le ravin où se cache le village de
Tahure.
C'est bien çà la
guerre : du silence coupé de sonorités brutales ; pas trace de vie : les seules
fermes visibles à l'horizon sont des fermes inertes. Dans l'après-midi, un mot
du sergent-major « Est-il vrai qu'on attaque à 4 heures ? »
Qui
expliquera jamais
l'origine d'un tuyau « éclos en plein isolement, alors que pas un agent de
liaison ne peut parvenir jusqu'ici », et qui s'est propagé tout le long de la
ligne, malgré la distance qui sépare chaque trou du voisin. Je réponds que j'ignore
tout et n'ai d'ailleurs reçu aucun ordre.
Et je n'en
entends plus parler. Plus tard, un avion a bourdonné sur nos têtes. Un trait
brillant qui part de l'avion, une fumée qui le suit, sans doute un signal pour
l'artillerie. Et, en effet, quelques minutes après, le bombardement commence,
manifestement dirigé contre nous : les premiers obus éclatent en avant ou en
arrière, ou bien trop à gauche ou à droite, mais déjà ils n'ont plus ce
vrombissement particulier des gros obus en cours de route qui passent très haut
sur les têtes avec un halètement rauque de locomotive ; non, c'est le
sifflement du projectile à bout de course, dont la trajectoire descend, rapide,
vers le sol; et puis, tout de suite après, c'est le fracas déchirant de
l'explosion, et la fumée suffocante et lourde qui rampe longtemps sur le sol.
Et le tir se
fait plus précis, les éclatements plus proches; ça y est, nous sommes en plein
dans la fourchette. Pendant une heure nous avons été « sonnés », bien vite
étourdis, engourdis par ce bruit et ces odeurs de poudre et de soufre : et,
comme mes deux « bonhommes » étendus, l'un à plat ventre avec son sac sur la
tête, et l'autre enseveli dans sa toile de tente pour ne plus rien voir et
entendre le moins possible, j'étais moins qu'un être humain, plutôt un pauvre
animal qui se cache, pour être oublié par le destin mauvais, mais meurtri
brutalement en pleine chair, en pleines entrailles par chaque éclatement
proche, dont le sol transmet les ondes en autant de vibrations douloureuses...
Nous sommes
relevés dans la nuit du 30 par le 51e régiment d'infanterie, et nous
redescendons pour quelques jours, afin de nous reformer plus que nous reposer,
au bois des Baissons, en bordure de la Voie Romaine, derrière Perthes.
Nous remontons
le 5 octobre.
Reconstitués
tant bien que mal avec des renforts dont les deux tiers n'ont encore jamais vu
le feu, nous sommes partis dans la soirée du 5, ne connaissant guère qu'une
vague direction de marche.
Nous serons en
réserve, paraît-il, tout au moins pour commencer. On part en colonne par deux,
et les outils de parc portés sur l'épaule redressent les silhouettes, que le
poids du sac et du fusil semble incliner vers le sol. Nous suivons longtemps, à
n'en plus finir, la voie du Decauville.
Souvent, un pied
bute contre une traverse : un juron, et puis, de nouveau, le silence.
Parfois
l'aboiement quadruple et la quadruple flamme d'une salve de batterie. De vagues
relents flottent dans l'air, d'une saveur un peu âcre : j'éprouve quelques
picotements à la gorge, je ne dis rien pour n'effrayer personne, mais, dès cet
instant, je pense aux lacrymogènes.
A la hauteur de
Perthes, l'odeur se fait plus piquante, un peu sucrée en même temps,
inquiétante comme une odeur de fruits trop mûrs; les yeux se mouillent, on
tousse; on éternue, et de partout à la fois part le mot que j'attendais : « Les
gaz! les gaz ! »
Je recommande
aux hommes de mettre seulement les lunettes, car le bâillon qui sert de masque,
et qui s'attache derrière la tête, n'est vraiment pas d'un emploi facile ; et,
d'ailleurs, c'est surtout les yeux qui ont quelque chose à redouter. Juste à ce
moment, il a fallu quitter la route, et s'engager en rase campagne en
franchissant l'ancienne tranchée boche par une planche étroite en équilibre
instable, et où l'on ne pouvait se risquer plus d'un à la fois.
Aussi, les
distances s'allongent elles dans une progression constante, et chaque homme,
hanté par la crainte de perdre la compagnie, court à perdre haleine, s'affale
de tout son long dans les entonnoirs multiples, et repart aussitôt couvert de
terre, haletant, essoufflé, pour retrouver le camarade de rang, et ne pas
rester seul dans l'obscurité et l'inconnu. Enfin, à force de marcher et de
marcher encore et de s'enfoncer plus avant dans la plaine indéfinie, illimitée,
les tronçons du serpent se sont ressoudés, et le contact est repris, et l'on
marche, encore, toujours.
L'odeur de
pommes à cidre s'est dissipée et sous la lune qui parfois se découvre, blafarde
entre deux nuages, le vent n'apporte plus que l'écho d'un grondement lointain,
où se détachent en notes sèches les départs des 75 plus proches.
Bien que je
sache, par expérience, combien la fatigue de la marche fait rapidement perdre
la notion du temps, celui-ci me paraît démesurément long ; le petit jour ne semble
plus très éloigné, et nous n'avons pas l'air d'être près d'arriver là où l'on
nous attend
Une inquiétude
vague se glisse en moi : Si nous nous étions perdus !!
G... qui ne dit rien,
a sûrement la même pensée. Soudain, un arrêt brutal dont le reflux fait piquer
du nez chaque rang sur celui qui précède. L'arrêt se prolonge : il y a sûrement
quelque chose d'anormal. Je cours aux renseignements et n'ai pas besoin d'aller
très loin pour me rendre compte la compagnie de tête, qui est beaucoup plus
proche de nous que je ne le supposais, ayant distingué devant elle une troupe
en marche, l'a rejointe et a rencontré, -- la chose est fantastique - la
dernière compagnie du régiment. Depuis peut-être une heure, nous tournons sur
place, en un cercle presque parfait, puisque nos deux extrémités viennent de se
rejoindre. Nos guides se sont totalement égarés, et maintenant ne savent plus
que faire.
La situation
n'est pas réjouissante : le jour poindra dans deux ou trois heures, et peut
être nous surprendra près des lignes boches, formant la plus belle des cibles
pour leur artillerie. Qui sait même, car le nouveau front est encore
discontinu, si les lueurs fulgurantes qui rougeoient à droite et à gauche sont
celles des batteries de 75... ou de 77 ?
Et le colonel,
celui-là seul qui nous tirerait de là, est parti reconnaître notre nouvel
emplacement. Mais peut-être ne sommes-nous pas très loin de lui; et, malgré le
danger qu'il peut y avoir à signaler notre présence, le lieutenant D... se
décide à donner quelques coups de sifflet dans toutes les directions. Aucun
écho ne lui répond d'abord; mais bientôt, dans le silence total, car tout le
monde a compris qu'il se passe quelque chose d'extraordinaire, un son lointain
tremble, nous arrive : c'est la corne du colonel, qui nous est la plus douce et
la plus harmonieuse des musiques.
Nous avons
occupé successivement des emplacements en réserve dans le bois des Rats, au
pied des Deux-Mamelles, puis au bois des Lièvres, en bordure de la route de
Perthes à Tahure, partout copieusement marmités.
Cependant que
les éléments du 2e Corps d'Armée commencent à monter en ligne, notre brigade a
été chargée d'attaquer l'ouvrage dit « la Brosse-à-Dents », à cause de la forme
des tranchées qui le sillonnent.
C'était, avant
le recul des Allemands, une de leurs positions d'artillerie dominant deux
ravins qui se coupent à angle droit : celui de la Dormoise, face au nord, celui
de la Goutte, face à l'est. Ma compagnie, mise à la disposition du 228e
régiment d'infanterie, y prend position, après que deux compagnies du 228e ont
tué, blessé ou fait prisonniers les hommes du bataillon boche qui tenait là
garnison.
12 octobre (le
soir).
Mes bonhommes
viennent de partir à la soupe : ils ne seront pas de retour avant 2 ou 3 heures
du matin, après six ou sept heures de marche dans les pires conditions le
piétinement épuisant dans les boyaux, ou bien les marmites en rase campagne.
Par-dessus le marché, au retour, pour peu que leur cortège se dessine dans la
pleine lumière d'une fusée, les hommes de ma 2e section vont infailliblement se
faire massacrer, car leur tranchée, à peine ébauchée la nuit dernière, est
dominée par la tranchée boche, à trente mètres plus haut sur la pente; et, de
jour, tout ce qui dépasse le parapet, même un instant, est implacablement
mitraillé. Il faut absolument les relier au boyau central, ne serait-ce que par
une piste à peine creusée, où l'on puisse se dissimuler en rampant.
Ayant pris pour
points de repère, dans le boyau, une ancienne casemate de 77, et sur le bord de
la tranchée, en son milieu, un petit sapin rabougri, j'échelonne -- une pelle,
une pioche, une pelle, une pioche
quelques hommes que j'ai fait sortir à grand' peine, épuisés qu'ils sont
de fatigue, de faim, de soif.
Mes
exhortations, mes explications, puisqu'il s'agit de la vie de leurs camarades
et de la leur chaque fois qu'il y aura une liaison à faire, une corvée à
exécuter, un blessé à ramener, tout cela n'agit plus sur eux, car ils en sont
arrivés à ce point de détresse physique où la crainte de la mort ne fait même
plus relever pour un dernier effort l'homme étendu, et déjà plus qu'à demi mort
de fatigue. J'ai recours, non sans un scrupule bien compréhensible, à la
promesse de la relève, qui m'a d'ailleurs été faite à moi-même, sans que j'y
puisse croire et l'espérance l'invincible soif d'illusion, obtient de leur
épuisement ce que la vision de la mort n'eût pas obtenu.
Ils se relèvent
et se mettent, non sans longues pauses, à pelleter ou à piocher.
Mais combien de
fois il m'a fallu en secouer, qui s'étaient rendormis sur place, et une fois,
m'étant aplati contre le sol sous la lueur éblouissante et verdâtre d'une
fusée, j'ai touché un corps étendu pour l'obliger à se remettre au travail, et
je n'ai senti sous la main qu'une chose flasque et sans vie, déjà froide.
13 octobre.
Nous devions
attaquer ce matin une tranchée dont les zigzags blanchâtres grimpent le long de
la pente opposée du ravin de la Goutte, à moins de quatre cents mètres de nous
à vol d'oiseau.
Toute la nuit,
les hommes du 228e régiment d'infanterie, qui allaient occuper leurs
emplacements, n'ont fait que piétiner dans le passage couvert que j'occupe,
tandis que les balles avaient l'air d'entrer par la porte, naturellement
tournée vers les Boches, et que les fusées apparaissaient dans son cadre en
lueurs d'incendie.
De leur côté,
les Boches, qui devaient se douter, rien que par le réglage d'hier de ce qu'on
leur préparait, ont travaillé cette nuit, creusé une nouvelle tranchée plus
proche, installé des fils de fer et de nouvelles mitrailleuses, qui croisent
leurs feux avec ceux de la pente opposée, de sorte que sur cet éperon où nos
lignes forment une sorte de potence, nous sommes mitraillés à la fois de face
et de flanc.
A peine notre
préparation déclenchée, et presque aussitôt arrêtée, l'ordre d'attaque arrive,
à M..., dont la compagnie doit partir en première vague. Non sans angoisse, je
le vois s'insinuer dans la tranchée de départ. Que va-t-il se passer? Je ne
puis bouger de ma place, étant bloqué dans la sape par les sections du 228e.
Nous restons un
long moment sans rien savoir, sans rien voir, sans rien entendre d'autre que
deux ou trois éclatements au dehors, si proches qu'il me semble impossible que
la tranchée ait été épargnée. Les tuyaux les plus effrayants parviennent
jusqu'à moi, venus d'on ne sait qui, et je n'y veux pas croire ; mais voilà
qu'au tournant du boyau, se frayant à grand'peine un chemin parmi les hommes
qui s'aplatissent le plus qu'ils peuvent contre la paroi, deux poilus
apparaissent, portant sous les bras et par les jambes un corps gémissant, celui
du lieutenant M... S'étant rendu compte que sa compagnie ne pouvait escalader
le parapet sans être fauchée tout entière par les mitrailleuses, il a cherché
une issue.
Et comme, à un
des bouts de la tranchée, au pied d'un calvaire dont la croix dresse encore ses
bras rouillés, un boyau délabré s'amorce pour gagner le ravin, il a voulu
explorer ce cheminement, et a ordonné que personne ne bougeât avant son retour;
mais à peine avait-il soulevé son corps pour se glisser hors de la tranchée,
qu'une rafale ajustée l'a plié en deux, le ventre traversé.
C'est ce que
m'explique son ordonnance, tandis qu'on l'étend au fond de la sape sur une
sorte de bat-flanc. Une piqûre, que lui fait R..., transforme une terrible
agonie en une fin tout apaisée. De temps en, temps, il s'élève un râle doux; et
cette veillée funèbre, dans cet infâme gourbi où flottent encore les odeurs
boches, tandis que l'ordonnance pleure au pied du bat-flanc, et que les
bonhommes se taisent, respectueux d'une grave présence, a quelque chose de
malgré tout serein et de presque religieux, qui évoque confusément la mort d'un
croisé veillé par ses compagnons, d'un croisé de la plus belle croisade, celle
où l'on se sacrifie pour empêcher le sacrifice des autres...
Jacques MEYER
(1915)
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Coll. F.Vaudour |
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Un
groupe du 329e en 1915 aux environs de Tahure Celui
avec les bras croisés au 2e rang est Rodolphe Vaudour |
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Coll. F.Vaudour |
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Un
groupe de sergents du 329e en août 1914 resté au Havre pour une
raison inconnue |
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Coll. F.Vaudour |
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Peut-être des infirmiers, car l’auteur mentionne dans sa carte postale, l’ambulance de l’école Massillon ou les « garderies » ne sont pas organisées.
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Col
L.Droulin |
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Mitrailleurs du 329e en position de tir Le soldat a droite est Joseph Droulin venant du 129e il arrive au 329 en nov.1915 et y reste jusqu’en 1918. Il survécu à la guerre. |
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Maurice Le
Poitevin, Français, Autoportrait, |